Haut-Atlas au Maroc
Dans un contexte de sécheresse assez marquée, les populations berbères du Haut-Atlas marocain régulent la distribution de l’eau, selon des principes et des démarches relativement originaux :
Chaque village choisit un « a’alam » ou « naib » pour sa capacité à résoudre équitablement un conflit ; il appartient chaque fois à un lignage différent. Il sera chargé de la médiation des conflits à l’intérieur du village ou de la négociation avec le naib du village avec lequel existe un désaccord.
S'il le faut, les chefs de lignages accompagneront le naib dans la négociation. Si le conflit n'est pas résolu à ce niveau, les villageois font alors appel au juge traditionnel régional berbéro-mulsuman et seulement après à la justice officielle.
Certains médiateurs traditionnels commencent la réunion en demandant aux parties d'imaginer le futur si la médiation échoue et si elle réussit ; puis ils rappellent régulièrement aux parties que si la négociation échoue, ils devront passer devant un tribunal où l'un d'entre eux sera perdant (ce qui n'est pas le cas de la médiation traditionnelle).
Le tour d'eau compte neuf journées ; en principe, à chaque journée correspond un lignage.
L'ordre de passage des paysans au cours d'une journée est inversé chaque semaine. Le lien de parenté entre irrigants d'une même journée et l'inversion de l'ordre de passage limitent fortement les abus et les conflits et maintiennent l'égalité au sein d'un lignage.
Par contre, l'accès à l'eau est inégalitaires entre lignages : les lignages « saints », considérés comme fondateurs du village, sont privilégiés par rapport aux autres.
Auteur : Philippe Barret (GEYSER)
Fiche produite dans le cadre d'un chantier d'AGTER, à partir d'une étude réalisée pour l'UNESCO (BARRET, P ; GONZALEZ, A. 2003. Société civile et résolution des conflits hydriques. Paris, UNESCO)
Contact : phi.barret@geyser.asso.fr