Montagnes du centre de l'Etat de Guerrero (Mexique)

Zone montagneuse dont le climat tropical sec comporte une saison sèche marquée (novembre-mai). La végétation naturelle principale est une forêt dite basse, à feuilles caduques (la plupart des arbres perdent leurs feuilles durant une partie de la saison sèche), dans laquelle on trouve le palmier Brahea dulcis.
La région comprend des communautés paysannes métisses et des communautés indigènes (du groupe « nahuatl »). L'agriculture vivrière d'autoconsommation, basée sur le maïs, est prédominante ; l'émigration temporaire des hommes à Mexico ou aux États-Unis est une source de revenus essentielle pour les familles.

Brahea dulcis est un palmier spontané de grande importance économique et culturelle pour les familles paysannes de la région de la Montagne de Guerrero. Ses feuilles fraîches pliées sont utilisées pour élaborer des nattes, des chapeaux et des objets pour les touristes ; les feuilles sèches servent pour les toitures.
Dans les communautés où l'on récolte la feuille sèche, le palmier forme des bosquets avec des tiges qui montent à 6 mètres ou plus (« soyacahuiteras »). Tandis que dans les communautés où l'on utilise les feuilles fraîches, le palmier pousse sous forme de buissons, dont les tiges ne dépassent pas 1,5 mètre (« manchoneras »).
Au fil des siècles, les paysans de la Montagne de Guerrero ont développé une gestion in situ du palmier Brahea dulcis qui leur permet, à travers une série de pratiques, de conduire le comportement du palmier pour obtenir les produits qu'ils désirent.
La gestion se base, d'une part sur la connaissance empirique qu'ils ont acquis sur la biologie de l'espèce, d'autre part sur l'organisation sociale et les normes qu'ils ont établies pour en réguler son utilisation.
La gestion inclut simultanément plusieurs des niveaux d'interaction homme-plante mentionnés par Casas (1992) : cueillette, tolérance (coupe sélective), protection (brûlis, élimination des rejets et des feuilles sèches, coupe constante de feuilles ou interdiction) et, dans une moindre mesure, induction (semis près de la maison).
On peut y ajouter la manipulation de la plasticité phénotypique (palmiers de port buissonnant ou arboré), qui est une forme d'induction. Les pratiques de gestion s'appliquent de manière différenciée au niveau de l'individu ou de la végétation en masse selon le type de palmeraie et les produits attendus.
C'est ainsi que l'on peut distinguer un ensemble de pratiques pour les palmiers de parcelles récemment ouvertes à l'agriculture, pour les « manchoneras », pour les « soyacahuiteras », pour les palmeraies en transition et pour les palmiers proches de la maison.

Chaque communauté établit des normes et des accords selon ses intérêts, son degré de cohésion et sa capacité organisationnelle. Ceux-ci incluent l’utilisation dévolue à chaque partie du territoire et l’accès à la ressource ou l’exclusion de tel ou tel groupe.
Certaines communautés interdisent ou limitent la coupe de parties du palmier pour favoriser sa conservation, ou bien elles destinent les zones les plus proches du village aux anciens et aux veuves ou bien aux femmes seules et aux enfants, etc.
Brahea dulcis permet de tirer profit de terres relativement dégradées, notamment suite à la culture sur brûlis, tout en évitant l’érosion. Les « soyacahuiteras » préservent une certaine diversité biologique, ce qui n’est pas le cas des « manchoneras ».

Un important travail de terrain a été conduit par GEA (ONG mexicaine), avec la participation de certaines communautés paysannes, pour mieux connaître la biologie du Brahea, les modes de gestion traditionnels et leur impact écologique.
Le tout doit permettre aux communautés d'établir des plans de gestion de la ressource sur l'ensemble de leur territoire, pour assurer la pérennité de son exploitation.
Extraits d’un article publié en espagnol dans :« Plantas, cultura y sociedad – Estudio sobre la relacion entre seres humanos y plantas en los albores del siglo XXI », Universidad Autonoma Metropolitana, Secretaria del medio ambiente, recursos naturales y pesca, México, 2001, pp. 259-286.
Cet article est basé sur les travaux que mènent, depuis 1995, GEA (Grupo de Estudios Ambientales) et la Sanzekan Tinemi (organisation paysanne régionale). GEA est une des organisations à l'origine du programme Ecologie Paysanne.
Contact : phi.barret@geyser.asso.fr